Les Français privilégient l’épargne face à l’inflation persistante

Le taux d’épargne des ménages français se maintient à 17,4 % du revenu disponible au premier trimestre 2026, avec un taux d’épargne financière de 9,5 % selon le Cercle de l’Épargne. Ce niveau reste nettement supérieur à celui d’avant-crise, même si un léger reflux s’amorce par rapport au pic de 18,9 % atteint au deuxième trimestre 2025. La persistance de l’inflation ne pousse pas les Français à consommer davantage. Elle les pousse à réallouer leurs flux.

Réallocation des flux d’épargne en 2026 : livrets réglementés contre assurance-vie

Nous observons un mouvement structurel depuis la baisse du taux du Livret A à 2,4 % le 1er février 2025. Les épargnants arbitrent en faveur de supports mieux rémunérés, et les chiffres du premier trimestre 2026 le confirment : les flux de placements financiers des ménages progressent à 32 milliards d’euros, selon MoneyVox.

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L’assurance-vie capte l’essentiel de cette réallocation. Le rendement moyen des fonds en euros s’est établi à 2,63 % en 2025, un niveau qui redevient compétitif face aux livrets après fiscalité pour les contribuables peu ou moyennement imposés. Les contrats en unités de compte attirent aussi davantage de flux, portés par un appétit pour le risque que le baromètre Ipsos documente depuis deux ans.

Le Livret A conserve son statut de produit préféré des Français, mais sa fonction évolue. Il sert de réserve de liquidité immédiate, pas de véhicule de rendement. La collecte nette reste positive, mais les montants moyens par livret stagnent tandis que les versements sur les contrats d’assurance-vie progressent.

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Homme français d'âge moyen comparant les prix de produits dans un supermarché face à la hausse des prix liée à l'inflation

Épargne retraite et PER : la fiscalité comme moteur de collecte

Le Plan d’Épargne Retraite concentre une part croissante des flux d’épargne longue. Ce n’est pas seulement un effet de mode : la réforme des retraites alimente une inquiétude durable sur le niveau des pensions futures, et le PER offre un avantage fiscal à l’entrée que les épargnants imposés aux tranches supérieures exploitent systématiquement.

La loi de finances a toutefois introduit des ajustements pour les travailleurs non salariés et les dirigeants, ce qui modifie les stratégies d’optimisation. Le cadre fiscal du PER n’est plus figé, et nous recommandons de vérifier chaque année les plafonds de déductibilité applicables avant d’arbitrer entre PER individuel et PER entreprise.

Points de vigilance sur la fiscalité de sortie du PER

La sortie en capital du PER reste soumise au barème de l’impôt sur le revenu pour la part des versements déduits. Les épargnants qui anticipent une tranche marginale d’imposition plus basse à la retraite y trouvent leur compte. Ceux dont les revenus resteront stables n’y gagnent qu’un différé de fiscalité, pas une économie nette.

Un autre paramètre pèse : les prélèvements sociaux pourraient passer à 18,8 % selon les projections relayées par Bourse des Crédits. Cette hausse potentielle affecterait tous les produits d’épargne, du fonds en euros au PER, et modifierait les calculs de rendement net.

Patrimoine financier des ménages français : progression et disparités

La Finance pour Tous rapporte que le patrimoine financier des ménages a progressé en 2025, porté à la fois par les flux d’épargne et par la valorisation des actifs détenus en unités de compte. Cette progression masque des écarts considérables entre ménages.

Le patrimoine médian reste très inférieur au patrimoine moyen, ce qui signifie qu’une minorité de ménages concentre l’essentiel de la richesse financière. L’épargne de précaution sur livrets concerne la majorité des Français, mais l’épargne longue en assurance-vie et PER reste concentrée sur les déciles supérieurs.

Critères qui segmentent les comportements d’épargne

  • Le niveau de revenu disponible détermine la capacité d’épargne mensuelle, estimée en moyenne à 240 euros par mois selon l’INSEE et la Banque de France, mais avec des écarts allant du simple au quintuple entre le premier et le dernier décile
  • L’âge joue un rôle structurant : les moins de 30 ans privilégient la liquidité (Livret A, LEP), les 40-55 ans arbitrent vers l’assurance-vie et le PER, les plus de 60 ans sécurisent sur des fonds en euros
  • La connaissance financière reste un frein documenté : le baromètre Ipsos note que les Français s’intéressent de plus en plus aux produits financiers, mais que leurs connaissances effectives progressent lentement
  • Le statut professionnel (salarié, TNS, dirigeant) modifie les enveloppes fiscales accessibles et les plafonds de déductibilité du PER

Jeune couple français consultant leur tableau de bord d'épargne en ligne sur un ordinateur portable dans leur appartement face à l'inflation persistante

Inflation et rendement réel : le calcul que peu d’épargnants font

Un rendement nominal positif ne protège pas le capital si l’inflation le dépasse. Le Livret A à 2,4 % offre un rendement réel négatif dès que l’inflation dépasse ce seuil. Les fonds en euros à 2,63 % se trouvent dans la même situation avec une inflation persistante au-dessus de 2,5 %.

C’est précisément ce décalage qui pousse une partie des ménages vers des produits plus risqués. Le baromètre Ipsos documente un attrait croissant pour les unités de compte et les placements à risque. La polarisation des comportements d’épargne se confirme : d’un côté, ceux qui renforcent leur épargne de précaution ; de l’autre, ceux qui acceptent davantage de volatilité pour chercher un rendement réel positif.

L’intention de puiser dans son épargne atteint par ailleurs un niveau record selon Ipsos, à 28 %, en hausse continue depuis 2021. Épargner plus et désépargner plus ne sont pas contradictoires : ils reflètent la fracture entre ménages qui disposent de marges et ceux que l’inflation contraint à mobiliser leurs réserves.

Le taux d’épargne agrégé à 17,4 % en 2026 reste un indicateur macro rassurant. Il ne dit rien de la répartition de l’effort entre ménages, ni de la qualité des arbitrages réalisés. La question pour les prochains trimestres n’est pas de savoir si les Français épargnent, mais si les supports choisis préservent effectivement leur pouvoir d’achat sur la durée.

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