Un appartement classé F dans une copropriété des années 1970, mis en vente depuis quatre mois sans offre. Le propriétaire fait remplacer le ballon d’eau chaude, reçoit un nouveau DPE à la lettre E, et signe un compromis trois semaines plus tard. Ce genre de basculement se multiplie depuis que le diagnostic de performance énergétique pèse directement sur le prix de vente.
La rénovation énergétique n’est plus un bonus esthétique : elle détermine la capacité d’un bien à trouver preneur, et à quel tarif.
A lire en complément : Les enchères immobilières digitales gagnent du terrain en France
Coefficient DPE 2026 : le changement de calcul qui reclasse des logements
Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire utilisé dans le DPE est passé de 2,3 à 1,9, conformément à un arrêté du 13 août 2025. Ce recalcul technique a fait sortir environ 850 000 logements du statut de passoire thermique (classes F et G), sur un parc de 4,8 millions de résidences principales concernées au 1er janvier 2023.
Sur le terrain, les conséquences sont immédiates. Des biens qui étaient classés F basculent en E, parfois sans aucun travaux côté propriétaire. Ils échappent au gel des loyers appliqué aux logements F et G depuis août 2022 et aux interdictions de location prévues pour les G dès 2025 et les F en 2028.
A lire aussi : Acheter une résidence secondaire : les points à anticiper avant de signer

Pour un vendeur, la différence est brutale. Un logement classé G qu’un investisseur locatif ne pouvait plus financer redevient un actif louable, ce qui élargit le bassin d’acheteurs potentiels. La décote liée au DPE, qui pouvait dépasser 15 % selon les territoires d’après les Notaires de France, s’atténue mécaniquement dès que la lettre change.
On ne parle pas ici de travaux lourds. On parle d’un recalcul réglementaire qui modifie la valeur perçue d’un bien du jour au lendemain. C’est un point que beaucoup de vendeurs ignorent encore : faire refaire son DPE après la réforme peut suffire à débloquer une vente.
Valeur verte et décote DPE : ce que les acheteurs négocient vraiment
Les acquéreurs lisent le DPE avant même de visiter. Selon les Notaires de France, un logement classé C peut se vendre en moyenne 5 à 10 % plus cher qu’un bien classé E sur un même marché. À l’inverse, une passoire thermique peut perdre plus de 15 % de sa valeur selon les zones géographiques.
Cette « valeur verte » fonctionne dans les deux sens. Un propriétaire qui améliore la classe énergétique de son bien avant la vente capte une partie de cette prime. Un propriétaire qui ne fait rien s’expose à une négociation sèche dès la première offre.
Ce qui pèse le plus dans la négociation
- La classe DPE affichée sur l’annonce : les portails immobiliers filtrent désormais par lettre énergétique, et les biens F ou G reçoivent moins de clics
- Le montant estimé des travaux de remise à niveau : les acheteurs demandent systématiquement un audit ou un devis avant de formuler une offre
- L’éligibilité aux aides (MaPrimeRénov’, éco-PTZ) : un bien qui permet de mobiliser des aides à la rénovation rassure l’acheteur sur le reste à charge
Les retours varient sur ce point selon les marchés locaux, mais la tendance de fond reste la même : un bon DPE accélère la vente et réduit la marge de négociation.
Isolation et enveloppe du bâtiment : les travaux qui changent vraiment la classe énergétique
Tous les travaux de rénovation énergétique ne produisent pas le même effet sur le DPE. Avant de changer un système de chauffage ou d’installer une pompe à chaleur, il faut traiter l’enveloppe du bâtiment. Une chaudière performante dans une maison mal isolée ne fera pas bouger la lettre.
L’isolation des combles et des murs extérieurs reste le poste le plus efficace pour gagner une ou deux classes. C’est aussi le plus coûteux, mais c’est celui qui réduit réellement la consommation d’énergie primaire mesurée par le DPE.

Prioriser les postes selon le logement
Chaque cas est différent. Comme le souligne Xavier Taquet, diagnostiqueur immobilier, un appartement classé F peut parfois changer de lettre en remplaçant simplement son ballon d’eau chaude. Dans d’autres situations, il faudra reprendre l’isolation complète et le système de ventilation pour obtenir un résultat visible sur le diagnostic.
- Isolation des combles perdus : rapport coût/gain énergétique parmi les meilleurs, souvent éligible à MaPrimeRénov’
- Isolation thermique par l’extérieur (ITE) : efficace mais dépend de la copropriété pour les appartements, et du budget pour les maisons
- Remplacement du système de production d’eau chaude : petit investissement, impact parfois suffisant pour passer d’une classe à la suivante
- Changement du mode de chauffage : pertinent uniquement si l’enveloppe est déjà correcte, sinon les gains sont absorbés par les déperditions
La logique terrain est simple : on isole d’abord, on change les équipements ensuite. Inverser l’ordre, c’est dépenser sans améliorer le DPE.
Vendre un logement classé F ou G : le potentiel de valorisation le plus fort
Les logements classés F et G concentrent les décotes les plus importantes, mais aussi le plus fort potentiel de revalorisation. Un propriétaire qui investit dans une rénovation ciblée avant la mise en vente peut récupérer bien plus que le coût des travaux, surtout dans les zones tendues où la demande reste élevée.
La question n’est pas de transformer une passoire en logement BBC. Il s’agit de passer de G à E, ou de F à D, avec des travaux calibrés. C’est ce saut de deux classes qui génère la plus-value la plus tangible, parce qu’il débloque à la fois le marché locatif et le financement bancaire pour l’acheteur.
Les banques regardent le DPE au moment d’accorder un prêt. Un bien classé G avec des travaux estimés à plusieurs dizaines de milliers d’euros réduit la capacité d’emprunt de l’acquéreur. En améliorant la classe avant la vente, le vendeur élargit le nombre d’acheteurs capables de financer l’achat.
Le DPE n’est plus un document qu’on range dans le dossier de diagnostics : c’est le premier filtre de sélection pour les acheteurs et le premier levier de négociation. Les propriétaires qui intègrent cette réalité avant de mettre en vente gagnent du temps et de l’argent. Ceux qui l’ignorent le paient en décote ou en mois d’attente.

