En 2025, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a enregistré un nombre record d’investisseurs particuliers actifs sur les marchés actions français. Ce afflux ne vient pas de nulle part : la combinaison de plateformes en ligne accessibles et d’une culture financière diffusée sur les réseaux sociaux a transformé le profil type de l’investisseur en bourse. Moins fortuné, plus jeune, équipé d’un smartphone, il achète des ETF et des actions fractionnées là où ses aînés passaient par un conseiller bancaire.
Réseaux sociaux et décisions boursières : le biais du volume
L’AMF a mis en lumière un mécanisme qui distingue nettement les nouveaux investisseurs des profils plus classiques. Les moins de 35 ans clients de néo-brokers réagissent au volume de publications sur un titre, par exemple sur X (ex-Twitter), sans tenir compte du sentiment exprimé. Qu’un message soit positif ou négatif importe peu : c’est le bruit qui déclenche l’achat.
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Ce phénomène de sur-réaction aux réseaux sociaux s’accompagne d’une sous-réaction aux fondamentaux. Les résultats financiers d’une entreprise, sa volatilité, ses annonces officielles pèsent moins dans la balance que le nombre de mentions en ligne. Les clients de banques traditionnelles ou de banques en ligne ne présentent pas ce biais avec la même intensité.
Le risque est concret. Un titre massivement commenté peut attirer des flux d’achat déconnectés de toute réalité économique, puis corriger brutalement quand l’attention se déplace. Pour un investisseur qui confond visibilité et valeur, la perte peut être rapide.
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Néo-brokers et investissement en ligne : ce qui a changé techniquement
Les courtiers nouvelle génération ont supprimé la plupart des frictions qui freinaient l’accès aux marchés. Ouverture de compte en quelques minutes, achats programmés automatiquement, fractions d’actions accessibles pour quelques euros. Cette mécanique a élargi la base des investisseurs particuliers bien au-delà du public historique.
Deux catégories de plateformes coexistent aujourd’hui :
- Les néo-brokers (Trade Republic, Bitpanda, Revolut) ciblent les débutants avec des interfaces simplifiées, des investissements programmés et des frais réduits. Leur modèle convient à un investissement passif centré sur les ETF.
- Les courtiers traditionnels (Saxo Banque, par exemple) proposent davantage de titres, des outils d’analyse avancés et une tarification plus complexe. Ils s’adressent à des profils confirmés qui recherchent de la profondeur plutôt que de la simplicité.
- Les banques en ligne, positionnées entre les deux, offrent un PEA ou un compte-titres intégré à un compte courant, avec un niveau de service intermédiaire.
Le doublement du nombre de transactions en ETF observé par l’AMF traduit directement l’effet de cette accessibilité. L’ETF est devenu le produit d’entrée en bourse pour la nouvelle génération, parce qu’il diversifie un portefeuille sans exiger de sélection titre par titre.
Finfluenceurs : 4 % d’audience globale, mais un poids réel chez les jeunes
Le baromètre 2025 de l’AMF donne une image nuancée du rôle des créateurs de contenu financier. Seuls 4 % des investisseurs français déclarent consulter des influenceurs ou communautés financières avant un placement. La source dominante reste le conseiller bancaire ou financier, cité par 42 % des répondants.
Les chiffres bougent nettement par tranche d’âge. Chez les 18-24 ans, 8 % s’informent via ces canaux. Chez les 25-34 ans, la proportion atteint 10 %. Ce n’est pas majoritaire, mais c’est suffisant pour influencer les flux sur certains titres très commentés.
Un cadre légal qui se durcit
La loi encadrant l’activité des influenceurs, adoptée en 2023, impose des mentions obligatoires sur les contenus sponsorisés et interdit certaines promotions financières trompeuses. Les finfluenceurs qui recommandent des produits financiers sans respecter ces obligations s’exposent à des sanctions.
Le marquage des contenus générés par l’intelligence artificielle est également devenu obligatoire en Europe. Pour un investisseur débutant, distinguer un conseil sincère d’un contenu promotionnel exige de vérifier systématiquement les mentions légales affichées sous chaque publication.

Profil type de l’investisseur particulier en bourse en 2025
Les données croisées de l’AMF et des analyses de presse dessinent un portrait assez précis. L’investisseur particulier français moyen a rajeuni et s’est digitalisé. Il opère depuis un smartphone, privilégie les ETF et réagit aux signaux des réseaux sociaux plus qu’aux rapports annuels.
Ce profil n’est pas sans fragilité. La corrélation entre activité de trading et volume de mentions en ligne signale une exposition au risque de comportement moutonnier. Les marchés financiers ne pardonnent pas longtemps les décisions prises sur la base du bruit médiatique plutôt que des fondamentaux.
L’accessibilité des plateformes en ligne a démocratisé l’investissement en actions, et cette tendance ne montre aucun signe de ralentissement. Le vrai enjeu pour cette génération d’investisseurs n’est plus l’accès aux marchés, mais la capacité à filtrer l’information financière dans un environnement saturé de contenus.
L’AMF continue d’élargir son tableau de bord de suivi des particuliers, avec des données enrichies sur les comportements de transaction. C’est probablement le signal le plus clair que le régulateur prend au sérieux la transformation en cours.

